
Je suis effarée. Comment allons-nous régler la situation à Montréal-Nord ( pour les européens, il s'agit d'un quartier pauvre et ethnique du nord de Montréal - une sorte de banlieue parisienne à une échelle plus petite) quand on n’accepte pas de voir que la solution repose sur la prévention et la communication au lieu d’y envoyer plus de policiers. Je suis effarée par les commentaires que je lis sur mon blogue de Branchez-vous-Matin.
Des commentaires racistes qui font porter la responsabilité aux immigrants. Je lis et j’entends qu’il faut renvoyer les fauteurs de trouble dans leurs pays. Sauf qu’on oublie que leur pays est ici. Ils sont québécois et canadiens.
Si je suis effarée, je suis triste aussi de voir cette incompréhension entre les communautés. Les Québécois de souche restent campés sur leur position en disant que les immigrants doivent s’intégrer et se sortir de la pauvreté. Tandis que la communauté de Montréal-Nord demande qu’on l’aide et surtout qu’on la respecte. Impossible de s’écouter lorsque personne ne veut faire le premier pas et rejette la responsabilité sur l’autre. J’entends exactement le même discours en France à propos des banlieues. Un dialogue de sourds.
En gardant cette attitude ou en prônant comme Nicolas Sarkozy ou l’ADQ, plus de policiers, plus de répression, on ne fait que mettre de l’huile sur le feu. Et on ne réglera jamais le problème, jamais. On ne fera que l’empirer, le faire grossir.
Régulièrement, la marmite explose. On ferme le couvercle rapidement afin de camoufler le tout. Sauf qu’un jour, on ne pourra refermer le couvercle. Ce jour-là, il ne faudra pas simplement y déployer la police, mais aussi l’armée. Et le dialogue sera définitivement rompu. On ne pourra plus rien réparer. Quel dommage.
Et puis comme le remarque Patrick Lagacé qui était sur place, tout le monde doit faire son examen de conscience, les policiers y compris.
Et puis, et puis, ce n’est pas que l’affaire de la communauté noire. C’est l’ensemble de la communauté qui semble en colère. Patrick le mentionne, ce sont des blancs qui ont démarré le bal hier en mettant le feu à des véhicules. Alors, il est tellement facile de cibler les noirs.
Juste une question comme ça. Si les policiers traitaient les résidents d’Hochelaga-Maisonneuve de la même manière que les résidents de Montréal-Nord, n’aurait-on pas des émeutes dans ce quartier aussi ? Si les policiers prenaient tous les résidents d’Hochelaga-Maisonneuve pour des motards criminalisés, n’aurait-on pas une rébellion ?
Je ne voudrais pas seulement faire le procès de la police, car leur tâche n’est pas aisée. Sauf qu’il y a des éléments au sein de la police qui ne prennent pas de gants. Le port d’une arme et du symbole de l’autorité ne leur autorise pas tout. Ils ont une énorme responsabilité dont celle de ne pas se servir de leur arme trop souvent et à tout vent.
Pour finir, n’oublions pas le problème latent de la pauvreté qui engendre la colère, la haine et la violence. Tant que notre société ne le comprendra pas et ne prendra pas de réels moyens de mettre fin à la pauvreté, on engendrera ce type de réaction. Quand tu n’as plus rien à perdre, plus rien ne compte et tu casses tout. Surtout quand tu es jeune et que tu ne perçois aucun avenir. Quand tu n’as plus d’espoir, tu sombres dans le désespoir. Le devoir de notre société est de donner de l’espoir aux jeunes, à tous les jeunes, peu importe leur couleur, leur religion, leur race, leur statut social ou lieu de résidence. C’est cliché mais tellement vrai, l’espoir fait vivre.
PS : Où est députée du coin, la ministre Line Beauchamp ? Je crois que les élus du coin ont un examen de conscience sérieux à faire également...
Ajout : Il était temps.