L'inutilité de la déclaration sur les valeurs communes
Beau gaspillage d'énergie, de temps et d'argent de la part du gouvernement que ce machin, bidule que Yolande James a dévoilé hier. À saveur pré-électorale comme le souligne très justement Rima Elkouri. Tout le monde va signer sans même lire.
De toute manière personne ne sera déporté pour ne pas l'avoir respecté. Sinon on enlèverai aussi leur citoyenneté à plusieurs Canadiens. À ce sujet, je publie ci-dessous la lettre et l'opinion, que l'immigrante que je suis (pas québécoise encore après 21 ans selon Falardeau) partage entièrement, de ma meilleure amie et soeur adoptive.
L’hypocrisie drapée de valeurs
Le gouvernement libéral annonçait en grande pompe hier la création d’une déclaration à signature obligatoire pour les nouveaux arrivants du Québec. Ayant parfois un penchant socialiste, je ne peux être contre l’adoption de valeurs communes par une société et leur promotion. Mais j’ai bien dit l’adoption par la société. Et c’est là que le bas blesse dans l’annonce de la ministre de l'Immigration et des Communautés culturelles, et particulièrement dans sa déclaration : «Si la personne ne veut pas signer et s'engager (à respecter les valeurs du Québec), elle ne pourra pas venir (ici)». Aucune Québécoise et aucun Québécois né ici n’a jamais signé un tel document, et l’hypocrisie est de prétendre que ceux-ci et celles-ci croient et respectent tous d’office chacune de ces valeurs.
Si la raison première de ce geste était véritablement la promotion de nos valeurs (et non de donner l’impression que le rapport Bouchard Taylor n’est pas resté lettre morte à une semaine du début officiel d’une campagne électorale) chaque citoyenne et citoyen du Québec serait invité à la signer. Et surtout, notre gouvernement poserait des gestes en conséquence. Qui sommes nous comme société pour demander que les immigrants croient en l’égalité entre les hommes et les femmes quand le Québec, avec son 30,4% de femmes à l’Assemblée nationale se retrouve seulement au 23e rang du classement mondial (et on ne parle pas du 21,7% du Canada et de sa 50e place)? Qui sommes nous pour parler de société libre et démocratique quand notre mode de scrutin permet à un parti qui n’a pas reçu la majorité des votes de prendre le pouvoir et qu’on se refuse à le changer? Et je pourrais continuer longtemps. Rima Elkouri écrivait ce 30 octobre: « le fait de signer une déclaration énonçant tout cela ne changera rien du tout à son intégration. Donnez-lui un travail à la hauteur de ses qualifications, il s'intégrera mille fois mieux que s'il signe trois mille déclarations bidon qui ne l'engagent à rien. » Je ne peux que lui donner raison.
Geneviève Dorais B.
Consultante en communications et développement communautaire
Candidate à la maîtrise en sciences politique

