Je me souviens encore de l'endroit où j'étais. Je me souviens que ma mère a entendu à la radio française qu'une tuerie avait eu lieu dans une université canadienne. Or sa fille était dans une université canadienne. Rapidement, elle a su que c'était Montréal. Soulagée de savoir que ce n'était pas l'Université d'Ottawa où j'étudiais en Science po.
On venait de boucler le journal étudiant, La Rotonde. On prenait une bière au 216, notre lieu de rassemblement. Puis la rumeur s'est élevée, a grondé, s'est amplifiée, des coups de feu à Poly, puis des morts, puis seulement des femmes. (Un rappel du drame pour ceux qui ne savent pas de quoi je parle). Elles avaient mon âge, elles étaient étudiantes, elles aussi. Mon coeur, mon âme, mes tripes ressentaient la tristesse, l'incompréhension. Je m'identifiais à ces 14 jeunes femmes comme l'ensemble des femmes de ma génération, coincées que nous sommes entre les avancées engendrées par le féminisme.
Attention, vous me connaissez, je suis féministe et je suis très heureuse des résultats du féminisme. Sauf que je crois que ces 14 jeunes femmes sont les victimes de ce changement. ( et d'une personne malade aussi) Mais tout changement profond de la société engendre un dérangement, une ébulition. La grande majorité absorbe et s'adapte. Certains résistent, n'acceptent pas, restent solidement ancrés dans leurs vieux dogmes, d'autres explosent, se rebellent. Certains le font par les mots, d'autres par les actions : suicides, violence, etc.
Aider par une enfance malheureuse, un père violent et macho, Marc Lépine s'est rebellé d'une manière que l'on oubliera jamais. Une exception. Heureusement.
J'en parle aussi sur Branchez-vous.